Aïd-el-Kébir : à quand un débat démocratique?

Cette année, la si mal nommée « Fête du mouton » a débuté samedi 4 octobre 2014. Une nouvelle fois, ovins et bovins y ont été égorgés sans être étourdis, en toute conscience, donc en grande souffrance, ainsi que le permet cette dérogation à la loi qu’est l’abattage rituel (casher et halal). Rappelons qu’ils peuvent agoniser pendant 14 minutes. Entretien avec Frédéric Freund, directeur de l’OABA, Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs.

Que dit la loi sur l’abattage rituel?
Les abattages rituels doivent se pratiquer exclusivement dans un abattoir (pérenne ou temporaire). Contrairement à ce que l’on peut entendre, il n’existe pas d’abattage rituel à la ferme. Le musulman qui abat pour sa consommation un animal qu’il a élevé lui-même peut le faire hors abattoir mais uniquement si l’animal est étourdi. À partir du moment où l’animal n’est pas étourdi, son sacrifice doit avoir lieu dans un abattoir. Dans ce cas, le sacrificateur doit être habilité par l’une des trois mosquées agréés (Paris, Evry, Lyon) et il doit disposer de son certificat de capacité (obtenu après suivi d’une formation aux règles d’hygiène et de protection animale). L’animal doit être immobilisé par un moyen mécanique jusqu’à la fin de la saignée.

Combien d’animaux ont-ils été sacrifiés, alors même que cette tuerie ne fait pas partie des cinq piliers de l’islam ?
Environ 120 000 ovins (dont 70% en abattoirs pérennes et 30% en abattoirs temporaires) et environ 5 000 bovins (98 % en abattoirs pérennes). Ce sont les chiffres des abattages légaux, c’est-à-dire des abattages « contrôlés » par les services vétérinaires sur les sites agréés. Il faut tenir compte des abattages « à la maison », pas forcément dans les baignoires, selon le cliché, mais dans le jardin du pavillon de banlieue, ou dans le garage, ou les caves… On sait qu’il y a environ 200-220 000 ovins vendus autour de l’Aïd. Les abattages clandestins de bovins sont beaucoup moins nombreux, gabarit oblige.

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La « fête » a été boycottée dans le Gard, pour manque d’abattoirs temporaires. Qui boycotte, et est-ce la véritable raison ? Un progrès ou le risque encore plus grand d’abattages sauvages ?
Chaque année, des représentants des communautés musulmanes se plaignent du manque d’abattoirs et des prix élevés des ovins et appellent au boycott. Ce fut le cas cette année encore dans le Gard et l’Hérault. Trois remarques :

1. Les musulmans doivent anticiper et s’organiser. Or beaucoup attendent que l’État organise les sites pour eux. Et ils se réveillent au dernier moment, alors que les dossiers d’agrément des abattoirs temporaires doivent être adressés aux préfectures trois mois avant le début de l’Aïd…

2. Les appels au boycott ne sont jamais suivis. Tous les musulmans veulent leur mouton, et ce, même si les prix sont élevés. Les moutons (communauté musulmane) et les bovins (communauté turque) doivent être tués après la prière de l’Aïd, qui a lieu le premier jour. Mais les abattages peuvent durer trois jours et les autorités cultuelles rappellent que l’animal sacrifié le troisième  jour a autant de valeur « cultuelle » que celui sacrifié le premier jour.

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3. Comme les musulmans veulent tous leur mouton le premier jour et qu’il est impossible d’abattre 220 000 ovins en un seul jour en abattoirs, certains s’organisent autrement. D’où l’importance des abattages clandestins. Les appels au boycott risquent de faire augmenter ces abattages clandestins, qui, rappelons-le, sont constitutifs d’un délit passible de six mois d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

Combien sont vendus les moutons ?
Les prix pratiqués vont de 180 à 250 euros. C’est élevé (plus du double qu’à l’ordinaire), mais ces prix s’expliquent par la loi de l’offre et de la demande. Certains sites, qui abattent sur deux trois jours, ont des prix dégressifs. Plus on attend sa carcasse, moins on paye.

Où en est l’obligation d’étourdir tous les animaux que demandent toutes les associations de protection animale et les Français un tant soit peu sensibles… et humains ?
Les différentes propositions de loi déposées au Sénat et à l’Assemblée nationale n’ont jamais été inscrites à l’ordre du  jour. Nos gouvernants ont peur du débat démocratique. Ce qui explique que de plus en plus de Français ne votent plus ! La réglementation de l’abattage rituel relève en France uniquement du pouvoir réglementaire (arrêtés et décrets). Comment un décret peut-il faire exception à une loi qui interdit les mauvais traitements sur animaux en matière d’élevage, de transport et d’abattage (art. L. 214-3 du Code rural) ? C’est un point juridique qui a été soulevé par l’OABA dans un recours déposé l’année dernière devant le Conseil d’État. Mais la haute juridiction a estimé qu’abattre un animal sans l’étourdir n’était pas constitutif de mauvais traitement ! Plusieurs études scientifiques démontrent pourtant le contraire. Et pour ceux qui ne veulent pas les lire, qu’ils se rendent sur un site d’abattage durant l’Aïd. Ils comprendront alors que les revendications des organisations de protection animale sont parfaitement légitimes. Fin
Propos recueillis par Luce Lapin

Photos : un grand merci à Frédéric Freund !

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