Maître Phung : « Quand la tradition tue, il faut tuer la tradition… »

 

Rodilhan 2011, le procès

Les 14 et 15 janvier 2016, dix-huit aficionados étaient jugés au tribunal correctionnel de Nîmes (Gard) pour « violences en réunion », « vol avec violence » et « non-assistance à personnes en danger » sur les anticorrida qui s’étaient enchaînés dans l’arène de Rodilhan (Gard) le 8 octobre 2011. Jean-Pierre Garrigues, président du CRAC (Comité Radicalement Anti Corrida) Europe pour la protection de l’enfance, était, lui, poursuivi pour « manifestation non déclarée ». Traînée sur le sol, agressée violemment par un aficionado avec une lance à incendie, comme le montrent ces deux photos, Delphine Simon avait déposé plainte pour coups et blessures. Elle se trouvait au tribunal ces deux jours de janvier, pour être entendue. Récit. Émotion… 

Le procès, enfin ! Depuis le temps qu’on l’attendait…

Ce jeudi 14 janvier pourtant, je ressens un malaise en entrant dans la salle des assises où se tiennent les débats, parce que celui qui a permis que ce procès ait lieu aujourd’hui n’est pas là.

Il n’est pas là, et pourtant il est partout dans la salle d’audience… Sur le banc des accusés d’abord, où il aurait dû se trouver. Pas pour agression et violences en réunion, comme Corentin Carpentier, Serge Reder, le maire de Rodilhan, Didier Dubois, Roger Savarin et leurs amis, mais pour « organisation d’une manifestation non déclarée ». Soit !

Maître Phung et ses collègues le diront, et le juge ne s’en étonnera pas, ni personne dans la salle d’audience (même si les avocats qui défendent les prévenus feront semblant, eux, de ne pas le comprendre) : cette action d’interposition ne pouvait évidemment pas être déclarée !

Et nous le confirmons, nous étions « tous coupables », tous lucides quant à ce que nous faisions, tous conscients de ce que l’on risquait, tous prêts à recommencer si c’était à refaire. Bien entendu.

Mais Jean-Pierre Garrigues est dans tous les esprits, comme le symbole à abattre de cette lutte qui dérange tant les accusés et leurs avocats.

Je regarde le banc où il n’avait pas sa place, ce banc où sont assis ces accusés qui, chacun leur tour, viennent décliner leur identité et s’expliquer. Tous sont de bons pères de famille, des hommes « respectables ». Mais le 8 octobre 2011 à Rodilhan, ils ont « pété un plomb ». Tous le même discours, bien huilé…

Parfois le président leur extorque un regret, peu convaincant, mais quand même on se défend un peu. Celui-ci dit qu’il a voulu nous protéger en nous évacuant de l’arène, cet autre a fait un « transfert » parce que sa mère et sa sœur sont anticorrida, cet autre encore avait repeint les arènes la semaine précédente et ne pouvait pas supporter que cela n’ait servi à rien, il voulait nous « raccompagner » dehors ! Et le président de railler : « Vous avez une drôle de façon de raccompagner les gens… Je n’aimerais pas être invité chez vous ! »

Celui-là ne se souvient plus de ce qu’il a fait : « C’était il y a quatre ans ! », dit-il… « Si votre mémoire est défaillante, nous allons vous la rafraîchir », ironise le juge. Et les images, indiscutables, terribles, sans appel. Celles des coups portés, des coups de pied, des coups de poing, des agressions avec la lance d’incendie. Des humiliations. Crachats, arrachage des vêtements… Difficile de les revoir, ces images.

Delphine traînée par terre1

Quand il est demandé à Serge Reder pourquoi il n’a pas appelé au calme, il répond que « le micro était à l’infirmerie » et qu’il ne l’a pas trouvé. Air circonspect des juges, du procureur, et même de son propre avocat.

Le président pose à tous la même question : « Mais de quel droit vous êtes-vous investis de la mission de faire respecter l’ordre public ? Pourquoi n’avez-vous pas appelé les gendarmes ? » Pas de réponse. Et pour cause !

Jeudi 14 janvier, 17 heures, fin des « auditions »… Plaidoirie de maître Phung, qui commence ainsi : « Quand la tradition tue, il faut tuer la tradition… » Remarquable maître Phung, qui, sans en avoir l’air, remet chaque chose à sa place : ce jour-là, à Rodilhan, c’était tout simplement, et de manière indiscutable, une agression violente et injustifiée de ceux qui voulaient pouvoir torturer des veaux, commise sur des citoyens enchaînés pacifiquement. Ni plus, ni moins. Il faut juger des violences en réunion, de l’ensemble des accusés, sur toutes les victimes.

La défense, elle, n’aura qu’un seul argument : les militants ont « provoqué » les aficionados, donc les aficionados ont répondu. Car les pauvres hommes, il faut le comprendre, sont harcelés depuis des mois, des années… Trois semaines plus tôt, des militants anticorrida ont versé de la peinture rouge sur la statue de Nimeño 2 devant les arènes. Pauvre Nimeño, comme il a dû souffrir… C’était le CRAC ? Non, non, mais bon, c’est pareil !

On nous sert des captures d’écran Facebook de propos écrits par des gens qui n’étaient pas à Rodilhan et que nous ne connaissons ni d’Ève ni d’Adam, on nous reproche des coups de fil à la mairie de Rodilhan postérieurs au 8 octobre !… Pathétique défense, mais pouvait-il en être autrement ?

Le président recadre : « Où voulez-vous en venir, Maître, vous avez une question ? »

Ces 14 et 15 janvier, au tribunal de grande instance de Nîmes, enfin les agresseurs ont dû s’expliquer sur les violences commises sur d’autres humains, puisque pour l’instant la loi française leur permet de ne pas avoir à se justifier sur les violences commises sur les animaux.

Ces 14 et 15 janvier, des amendes, des peines de prison, ferme pour certains, ont été requises. Le jugement a été mis en délibéré au 14 avril prochain, mais, quoi qu’il en soit et quoi que le tribunal décide dans quelques mois, ces 14 et 15 janvier,  devant la chambre correctionnelle, les coupables, enfin, ont dû répondre de leurs actes.
Delphine Simon
Militante anticorrida et pour le droit des animaux

Photos : Jérôme Lescure, Minotaure Films, et Jean-Marc Montegnies, Animaux en péril.

 
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