Du déclin de la corrida / par Isabelle Nail

Le Courrier International du 25 au 31 août 2016, sous la plume de Cristina Fanjul, s’étant fendu d’un article écœurant de parti pris intitulé Que vive la corrida, je reprends du poil de la bête pour m’indigner à nouveau contre une pratique barbare d’un autre âge affublée de l’habit de lumière, profitant d’un décorum théâtral et de la complicité des musiciens des bandas, dénommée culture et tradition.

Les anticorrida, si aisément traités de terroristes en cette période grave d’attentats meurtriers, doivent-ils encore, après la grande manifestation de Mont-de-Marsan de juillet 2016 et les autres, accepter sans réagir de se voir traînés dans la boue par la plume journalistique et les racontars de l’écrivain de la corrida André Viard, président de l’Observatoire national des cultures taurines, ancien matador connu également pour sa peinture d’un minotaure au sang de taureau tué de sa propre épée mélangé à du goudron ? Sa vision de l’art pariétal l’amène régulièrement à délirer sur les origines archaïques de la corrida qu’il croit percevoir au travers de la faune (comprenant des aurochs, chevaux et autres…) dessinée par les artistes du paléolithique à Lascaux. Cette obsession ne poursuit qu’un seul but : étendre la tradition à rebours dans le temps afin de prouver la nécessité de la défendre. Une idée fixe, d’où la réflexion semble absente, basique, hermétique à tout changement, au point de nier l’évolution de la conscience humaine depuis les temps préhistoriques. Pourquoi ne pas reprendre les combats de gladiateurs et autres horreurs, pendant qu’on y est ?

L’action d’écrire un tel article constitue à mon sens beaucoup plus qu’une offense faite aux organisations luttant pour l’abolition de la corrida tels la Fédération des luttes pour l’abolition de la corrida (FLAC), le CRAC (Comité Radicalement Anti Corrida) Europe pour la protection de l’enfance, l’Alliance anticorrida, le PROTEC (collectif de psychiatres et psychologues visant à protéger les enfants de la corrida), le COVAC (Collectif des vétérinaires pour l’abolition de la corrida) et toutes les autres instances de défense des animaux, regroupant les « animalistes », mal-aimés (ou plutôt détestés) des chasseurs, aficionados et autres amateurs de mise en esclavage des animaux ou de cruautés exercées à leur encontre.

Plus qu’une offense, cette action représente un déni de l’existence de ces structures, de leurs luttes, de leurs valeurs, des nombreuses personnes qu’elles ont su fédérer et entraîner dans des actions à la fois osées et pacifiques, protestataires et indignées, révoltes dont les pseudo-dérapages n’ont jamais mené personne à la mort comme c’est le cas pour les taureaux dits de combat. Il s’agit d’un déni avéré de la présence combative des défenseurs du droit de l’animal à être traité comme un être sensible et vivant. Des gens choqués par la mise en scène de la corrida se terminant par la mort d’un être vivant forcé de combattre (poussé à se défendre) pour la gloire du torero, lequel a été encouragé depuis son plus jeune âge par ses parents, famille ou amis, à se produire dans l’arène malgré les risques encourus.

Si je reprends les termes d’André Viard, je lis qu’il a entrepris « la campagne de défense du taureau », ce pourrait être risible s’il ne s’agissait pas de défendre le goût des aficionados pour le sang versé dans l’arène dont les ferias ne peuvent se passer selon eux. Il évoque également les « attaques des animalistes » et prétend avoir failli mourir de leurs mains par le feu, sans preuve évidemment ! Mais cette accusation permet de stigmatiser les vrais défenseurs des taureaux et de renverser la situation : les méchants ne sont pas ceux qui se régalent des tourments infligés au taureau ni de sa mort souvent donnée maladroitement, mais bien ceux qui braillent leur indignation à l’extérieur des arènes ou ceux, plus culottés encore, qui sautent sur la piste avant le spectacle pour protester et s’installer en cercle afin d’empêcher le carnage. On connaît le résultat, des blessés du côté des manifestants seulement, et des procès qui traînent contre leurs assaillants !

Enfin, l’article rappelle qu’il y a 80 arènes où la corrida se termine par la mise à mort, ce qui prouve que « la tradition reste bien vivante » et réjouit le défenseur de celle-ci.

Nous apprenons encore que « les Français n’ont pas leurs pareils pour organiser des corridas », alors même que l’Espagne semble s’éveiller plus vite que notre vieux Sud à la « conscience morale de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas », comme l’écrit Carl Gustav Jung.

Je termine en rappelant que l’Observatoire national des cultures taurines continue de faire du prosélytisme pour attirer les enfants, ignorant, avec l’ensemble des villes taurines, que le Comité des droits de l’enfant de l’ONU a exhorté la France, le Pérou, la Colombie et le Portugal à interdire l’accès des arènes aux mineurs.

La corrida ne fait plus partie de l’inventaire du patrimoine immatériel de la France auquel elle était inscrite depuis 2011, grâce à la ténacité du CRAC Europe et de Droits des animaux.

Le déclin de la corrida est amorcé, tous, nous l’espérons et poursuivons nos différents combats dans ce but.

À lire, de l’écrivaine et analyste jungienne Isabelle Nail, de nombreux articles sur ce site (page d’accueil, dans « Loisirs cruels »), entre autres celui-ci.

 Photo CRAC Europe
Posté dans "Loisirs" cruels Corrida

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